Le projet

L'objet de cette construction est un four d'un diamètre intérieur avoisinant les 110 cm.
Il prendra place dans un coin intérieur de la grange, ce qui va me permettre de mettre en pratique un concept qui me trottait dans la tête depuis un moment déjà :
Un four à double gueule autorisant son utilisation de l'intérieur ou de l'extérieur. Cela permet de rester bien à l'abri dans la grange par temps de pluie ou durant l'hiver mais de pouvoir profiter des soirées pizzas en extérieur durant l'été.
Cette particularité va évidement nécessite un système d'évacuation des fumées sur mesure.
Sur le plan des matériaux, j'ai choisi d'opter pour des tuiles de récupération pour la réalisation de la voûte et une sole en grès des vosges qui ne devrait rien gâcher à l'esthétique puisque les arches des 2 gueules pourront être réalisées avec les chutes des blocs utilisés pour la sole. L'isolation sera classiquement réalisée en sable pour les 20 premiers centimètres, puis en mélange sable/vermiculite.

Budget / Matériaux - oui je sais, un peu comme dans monster garage ;-)

Env. 500 Tuiles de récupération plates types queue de castor ou encore appelées Biberschwanz par chez nous + une location de camionette pour chercher le tout : 50 + 100 €
30 blocs de grès de 30/30/10 : nous verrons plus tard pourquoi le /10 s'avère être une erreur : 500 €
1 tonne de sable : env. 30 €
5-6 sac de ciment : 30 €
4 sac de ciment fondu noir : 80 €
3 seaux de colle de silice réfractaire (réfrapate) : env. 100 €
Tubage inox pour le conduit de cheminée : 150 €
Système de raccordement des 2 avaloirs sur le conduit principal : 0 € grâce àFrançois alias Lapin qui a fait un boulot magnifique là dessus avec système de clapets et de purge.
Aglos, Béton cellulaire, Boisseaux terre cuite, vermiculite + divers : 200 €
1/2m² de pâvé identique à ceux de la cour pour aménager un petit espace de travail devant la gueule extérieure du four : 150 €
Plaquettes de parement : 100 €
Lecteur de Thermocouple : 30 €
Une bonne dose de courage et folie : ca n'a pas de prix ... (ah si, la sciatique que je me suis coltinée en posant la sole en grès... je l'avais oubliée celle-là)

Donc en gros on peut donner un budget de 1500 à 2000 € étant donné que je n'ai pas tenu compte de certains outils et bricoles diverses et variées, sans compter les inombrables aller et retours en voiture pour l'achat des fournitures (et aussi l'achat des fournitures oubliées lors du premier trajet ...) photo 27-2

Les plans

Alors eux ... il va falloir les retrouver ...

Réalisation

Alors pour commencer évidement je n'ai pas les photos de toutes les étapes ... c'est clair qu'après coup on regrette toujours, mais quand on est dans les travaux on pense surtout à avancer et pas trop à prendre des photos pour la future page web.
Donc les photos sont ce qu'elles sont mais c'est toujours mieux que s'il n'y en avait pas hein ? ;)

La chappe de la grange est légèrement en pente pour favoriser l'écoulement en cas de forte pluie. Il a donc fallu commencer par remettre légèrement de niveau la zone.

Réalisation des montants porteur du four. Rien de sorcier : quelques aglos et du mortier.

Réalisation de la dalle, armatures et coffrage. J'imagine que la mise en oeuvre n'est pas dans le plus propre des styles, mais le résultat n'est pas si mal et l'ensemble est encore debout aujourd'hui ;)
coffrage, armature dalle

Comme expliqué en introduction, l'ouvrage va être doté d'une gueule extérieure, il va donc falloir faire un petit trou dans le mur de la grange.
On commence par réaliser un linteau du côté intérieur, permettant ainsi de conserver intacte le crépis de la facade à cet endroit.
réalisation du linteau

Découpe de la forme de la gueule extérieure. Il vaut mieux commencer par percer un trou de l'intérieur vers l'exterieur pour center le tracé avant de percer à tout va sans savoir si on se retrouvera aligné au final.
Une fois la forme prédécoupée j'ai terminé la découpe à la meuleuse pour désolidariser la portion à enlever un maximum afin d'éviter l'ébranlement des aglos environnant mais aussi s'épargner le crépis.
Le reste se fait tranquillement à la massette (tranquillement ou pas d'ailleurs ...)
découpe forme gueule extérieure à la perceuse finish him à la massette

La dalle précédement coulée est réalisée avec du ciment standard, elle n'est donc pas résistante aux hautes températures. Alors, on aurait pu réaliser une dalle en ciment noir pour rêgler le problème, mais celà sera revenu un peu cher...

L'astuce consiste donc à laisser 4 cm entre la dalle et le coffrage, ou la rangée de briques faisant office de coffrage dans mon cas et d'y couler une fine chappe isolante.
Le mélange que j'ai utilisé a du être quelque chose comme, 4 doses de vermiculite pour 1 dose de ciment fondu et 3 de sables. L'important ici n'est pas la résistance de la chappe mais quelle soit suffisament isolante pour protéger la dalle porteuse.
Pas évident avec ce mélange de faire une chappe bien lisse, mais celà n'a pas beaucoup d'importance les imperfections seront rattrapées par la suite.
Avant de couler la chappe isolante, on prendra soin d'intercaler des lattes (à toit par exemple) de manière à réaliser un petit joint de dilatation. Effectivement cette portion va à être soumise à des températures élevées, on commence donc à penser aux conséquences de la dilatation et déformation des matériaux.
préparation pour couler chappe isolante

Comme expliqué à l'étape précédente la chappe isolante n'est pas ce qu'on pourrait qualifier de "parfaitement lisse" c'est même plutot le contraire (évidement il n'y a pas cette photo donc il faut me croire sur parole...)
Pour cette raison mais surtout de manière à assurer la parfaite stabilité des blocs de la sole, on va intercaler une mince couche de sable.
Il faut d'abord positionner et ajuster des lattes de niveau, puis recouvrir de sable, tasser, passer une rêgle en suivant les lattes de niveau, rajouter du sable ou il en manque, tasser, passer la rêgle ... etc
Cela peut prendre du temps pour obtenir une couche bien tassée, lisse et de niveau. Cependant il ne faut surtout pas bâcler cette étape car on évite ainsi les mauvaises surprises au moment de la pose des blocs de la sole.
rectification du niveau avec une couche de sable

Remarque : Il est recommandé que la sole soit en légère pente en direction de l'entrée du four, ceci afin de favoriser le tirage. Il est clair que ceci est facile à réaliser avec une architecture de four standard.
Dans mon cas je n'ai pas voulu faire une sole à double pente, car les blocs du milieu n'aurait forcement été stable, cela aurait fait apparaitre des décalages entre les blocs et cela aurait évidement compliqué la construction ou entrainer des malfaçons.

Mise en place des blocs de la sole : vous remarquerez que je parle de "blocs" et non de carreaux de sole, mais si on considère le poids du carreaux de 30/30/10 en grès je crois qu'on peut tranquillement appeler ça un bloc ;)
Il n'est pas vraiment évident de positionner des blocs de ce poids sans gâcher l'applomb de la couche de sâble, c'est pourquoi j'ai installé une sorte de pont pour pouvoir travailler plus confortablement.
Enfin mais seulement si vous êtes bien sages, vous aurez peut-être le plaisir de vous farcir une bonne petite sciatique, comme moi ... ;)
sole en bloc de grès vue de l'extérieure

On va ensuite cimenter le pourtour de la sole pour éviter que le sable ne s'écoule et ne dégrade ainsi la stabilité des blocs de périphérie (sur lequel. Tant que le sable est encore un peu humide, on retire l'excédant de sable à ras des blocs et on dépose un cordon de ciment fondu.

Et c'est là qu'on commence les choses intéressantes.
Réalisation des arches pour les gueules du four. Il faut d'abord réaliser un gabarit sur lequel on pourra faire reposer les briques jusqu'à ce que le mortier soit sec. On retire ensuite la forme et si tout se passe bien, ca tient.
Etant donné la forme quelque peut irrégulière des briques j'ai découpé, je les aient en premier lieu positionnées, numérotées et enfin cimentées.
mise en position des briques pour la réalisation des arches jointage des briques de l'arche

Une fois les arches réalisées on peut passer au tracé de la couronne de la future voûte.
tracé de la couronne de la voûte

Réalisation du dôme en sable. Le principe est toujours le même, on fait un gabari en contre plaqué et on ajuste la forme du dôme au fûr et à mesure.
pose du sable affinage de la forme à l'aide du gabarit dôme de sable vue de dessus dôme de sable vue de face

Mise en place d'un plastique sur le dôme et début de la pose des tuiles. Les tuiles sont assemblées à l'aide de colle réfractaire.
début de la pose des tuiles

Découpe des tuiles
poste de découpage des tuiles

Assemblage de la voûte
assemblage de la voûte 1 assemblage de la voûte 2 assemblage de la voûte 3 assemblage de la voûte 4

Il faut ensuite combler les interstices laissés entre les tuiles avec des débris de tuiles et du mortier réfractaire (le ciment fondu n'est pas réfractaire)
remplissage des espaces vides entre les tuiles grâce à du mortier réfractaire dôme recouvert de mortier réfractaire

Réalisation de l'arche pour l'entrée extérieure. Plutôt sympa ces petits moellons taillé maison, non ?
réalisation de l'arche côté extérieur moellons en grès taillés par bibi, miam miam vue de l'arche en moellons de grès après sêchage

Réalisation des avaloirs. Je pense que faire faire des avaloirs en acier ou inox est une plus sage décision...
réalisation des avaloirs

Retrait du sable : Bien évidement le sable extrait va être réutiliser pour réaliser l'isolation par la suite
Vu de l'intérieur le four semble presque terminé ... pourtant il y a encore beaucoup de travail.
on commence à retirer le sable retrait du sable, gros plan retrait du sable, on en voit le bout! vue intérieure de la voûte après le retrait de la totalité du sable

Aménagement de la surface de travail en pavés du côté extérieur.
décaissement d'une bande de terre en vue de la pose de pavés tapis de concassé avant pose des pavés

Réalisation du système de raccordement des conduits de cheminées.
réalisation du dispositif de raccordement des avaloirs au conduit de fumée principale découpe de troncons de tube inox

Les clapets permettrons de basculer le conduit de fumée principale entre le conduit de l'avaloir extérieur ou intérieur.
Le mécanisme est également utile lors de cuisson de pains, il permettra en maintenant les 2 clapets fermés de minimiser les pertes de chaleurs par convection et aspiration de l'air chaud du four à travers la cheminée.
Merci encore à Lapin pour le super boulot de soudure sur le dispositif, je pense que c'est de loin l'un des points les mieux conçut et réalisés de la construction.
mécanisme de raccordement fumées inox à clapets vue de profil, on distingue un des 2 clapets vue de dessus, les tige servent à faire tourner les clapets en position ouverte pour fermées la famille tubes inox prêts à être assemblées

Dalle de support du conduit de cheminée. Il a fallut rajouter 2 morceaux de poutre entre les solives pour permettre le maintient de la chappe. Un armature de fers à bétons enfilés au travers des solives la maintient.
Un trou de diamètre largement superieur au conduit d'evacuation des fumée est laissé.
chappe portée pour support de la cheminée

Fixation du raccord de conduit à clapets au travers de la chappe portée. Si on regarde sur les photos précédente on peut voir des petites pattes soudées sur l'extérieure du tube.
Ces pates vont permettre l'accroche dans le joint isolant (même mélange que pour la chappe isolante sous la sole) qui est coulé entre le tube et la chappe portée. Le trou laissé libre dans la chappe est conique de sorte qu'avec le poids du dispositif le tout est reste bien callé et ne glissera pas.
Bref, pas facile à expliquer sans photo ... mais je ferais un petit croquis à l'occasion.
mise en place du système à clapets au travers de la chappe portée

Chapeau de cheminée : encore du gros bricolage avec des chutes de grès et des tuiles, en rappel des matériaux utilisés pour le four.
un petit plan du futur chapeau de cheminée début de construction du chapeau de cheminée

Détuillage et découpe d'une latte à toit. Une armature est à nouveau mise en place pour soutenir la chappe destinée à assurer la maintient de la cheminée.
Le premier boisseau est posé sur un cordeau de mélange isolant (toujours le même)
Un tubage de 15mm est utilisé sur tout le circuit de fumée de manière à maintenir la pression des gaz constante et éviter ainsi des pertes de performance au tirage. Le système de raccord à clapet à lui seul va déjà nous engendrer des pertes, autant ne pas en rajouter.
vue du toit après détuillage du passage de cheminée et découpe d'une latte à toit armature premier boisseau posé sur un cordon isolant

La cheminée est ensuite assemblée avec le reste des boisseaux. Les joints sont fait à l'aide de colle refractaire.
Elle est a peu près à distance rêglementaire des chevrons : distance minimale entre bois de charpente et un conduit de fumée = 16cm.
assemblage des boisseau de la cheminée

Un coffrage est réalisé en dessous des chevrons et autour de la cheminée. Lorsque la chappe sera couler il faudra fixer un autre coffrage par dessus pour maintenir le béton.
coffrage dessous et autour de la cheminée

Ne sachant pas exactement qu'elle température la cheminée atteindrait après plusieurs heures de chauffe, j'ai utilisé du ciment fondu pour la chappe.
Il s'avère au final qu'après 5h de chauffe continue les boisseaux sont à peine tiède : un bonne économie aurait donc pu être réalisée à ce niveau.
chappe portée autour de la cheminée après séchage

Pose de jupe en zinc et découpe des tuiles encerclant la base de la cheminée.
vue du toit après pose de la jupe en zinc et pose des tuiles découpées

Le chapeau de cheminée, assemblé et collé directement sur un boisseau pèse son pesant de cacahuètes et j'ai pu faire un croix à la fois sur l'échelle et sur la pose en solo.
Il a fallut la mise en place d'un échafaudage ainsi que l'aide de 2 gros bras pour finalement parvenir à placer l'objet au sommet de la cheminée.
Spéciale dédicace au gros bras en chef qui se reconnaîtra.
pose du chapeau de cheminée, à 3 on est pas de trop!

Petite récréation avec la confection d'une caisse à tiroirs permettant de le stockage de 12 tartes flambées ou pizzas avant cuisson.
J'avais pensé bricoler ça pour m'amuser et faire comme dans les fêtes de rues ;), mais je dois avouer que l'outil est tellement pratique qu'on a finalement du mal à s'en passer.
Le économie de place sur le plan de travail est clairement l'avantage numéro 1, mais le gain de temps à la cuisson est tout aussi intéressant et permet même (sous réserve d'arriver à gérer la cuisson de 2 ou 3 pizzas en simultané) de passer un peu de temps avec les convives entre deux fournées. Ce qui est un luxe auquel peu de pizzaiolos peuvent prétendre ;)
découpe et vissage de la caisse à tiroirs vue de la caisse à tiroirs une fois terminée

Découpe de la pierre qui permettra d'obturer la bouche non utilisée. On aurait pu simplement poser une plaque en métal à cet effet mais celà aurait inévitablement crée une zone de déperdition calorifique.
On voit sur la dernière photo la pierre mise en place pour obstruer l'entrée extérieure du four, il est donc en position "pluie ou hiver". On peut également placer quelques plaques d'isolant dans l'avaloir.
découpe de la pierre servant a obstruer l'entrée non utilisée découpe de la pierre servant a obstruer l'entrée non utilisée vue intérieure du four, on distingue sur la gauche la pierre taillée sur mesure

Pose du béton cellulaire et vue d'ensemble du système d'évacuation des fumées.
pose du béton cellulaire et vue du système d'évacuation des fumées

Comme je l'ai dit en introduction l'isolation est réalisée en sable pour les 15-20 premiers centimètres, puis en mélange sable/vermiculite pour limiter un peu la charge totale.
Un petit coup de main pour le mélange et le remplissage de l'isolation. Là je les laissent s'amuser un peu à mélanger à la main, mais tout seul j'utilisais la bétoneuse évidement ;)
sable et sable/vermiculite pour l'isolation du four mélange pour l'isolation du four

Vue de la cheminée une fois terminée.
vue de la cheminée une fois terminée

La construction intérieure est pratiquement terminée. Il ne reste plus qu'à attendre que le tout sêche bien avant de pouvoir faire les premiers feux.
sable et sable/vermiculite pour l'isolation du four

J'ai récemment terminé le crépis et la peinture de la cheminée, posé des plaquettes de parement sur la base du four en agglos et crépis la partie en béton célulaire.
Etant donné la profondeur du four j'ai me fabriquer et me faire fabriquer des outils sur mesure. Rables et pelle à pain.
... Les photos devraient arriver dans peu de temps ...

Critique de la construction

Les plus

Les moins

Conclusion

Malgré les nombreux points d'amélioration le four présenté est très fonctionnel et nous avons déjà passé d'excellents moments à l'utiliser (d'autres ont également passé d'excellents moment à se réchauffer les fesses devant le feu, ce qui n'est pas toujours pratique pour enfourner les pizzas ...)
La construction m'a permis d'apprendre beaucoup de choses et de mettre en pratique ce fameux concept que j'avais à coeur de tester. J'attends avec impatience les prochains projets (avis aux amateurs dans mon entourage) qui me permettrons de corriger les erreures commises sur ce four et peut-être de tester les autres idées qui ont germé de ces 2 premières constructions.

Pour finir j'aimerai souhaiter bon courage à tous ceux qui se lance dans un projet comme celui-là !